Sketches of Spain ~ Miles Davis
Deux ans auparavant, Miles a enregistré Porgy And Bess de George Gershwin, un de ses disques préférés. Avec Gil Evans de nouveau, il se lance dans l’interprétation du « Concierto de Aranjuez ». On pense évidemment à Ravel, qu’évoquent la luxuriance et la sophistication extrêmes des arrangements, dessinant une Espagne que l’on retrouve aujourd’hui fantasmée chez Pedro Almodovar. Point de castagnettes ici : le folklore dont n’est retenue que l’essence du flamenco n’est pas convié à la fête, sur laquelle plane d’ailleurs une sourde mélancolie alanguie, une tristesse à vous coller le bourdon. Avec Ascenceur pour l’échafaud, Miles offrait une musique de film noir envoûtante. Avec Sketches Of Spain, il récidive : il ne reste qu’à inventer les images…–Philippe Robert
- CD (29 septembre 1997)
- Date de sortie d’origine: 23 septembre 1997
- Nombre de disques: 1
- Format : Bonus tracks, Enregistrement original remasterisé
- Label: Strategic Marketing
- ASIN : B000002AH7
Prix : EUR 3,63
En savoir plus : Sketches of Spain ~ Miles Davis
Un maitre découvre la chaleur de la péninsule espagnole. Il en absorbe toute la quintescence et la rend merveilleusement dans ces morceaux sublimes !
Note : 5 / 5
avec Kind of blue, c’est sans doute l’apogée du jazz classique de Miles; mais Sketches of Spain reste sa meilleure apropriation de la musique classique. Aprés cette période, le jazz va basculer vers autre chose pour aboutir à ce qu’on entend aujourd’hui.
Pour les amateurs de musique classique et de jazz.
Note : 5 / 5
Collaboration et alliage de 3 talents hors normes … Inspiré tout du long par le très beau concerto D’Aranjuez , voici l’une des collaborations les plus magique qui soit ..
L’intelligence sans faille des arrangements et l’orchestration fine de Gill Evans alliée à toute la musicalité de Miles Davis , ici totalemnent « habité » !! par l’ame du son de sa trompette …
Miles signe cet album du son de « Miles » , donc …et c’est sublime …Tout à fait Mémorable …!
Davis et Evans , donc , qui s’élancent comme deux oiseaux poetes , virvoltant sur les chemins du « firmament sonore »…
Douceur et puissance , beauté et justesse.
Transparait alors, de suite , .. dès les premières notes , toute l’importance que peuvent prendre les émotions dans le phrasé musical, ..On atteind des sommets de densité … Que de belles couleurs… quelle richesse émotionelle … Et c’est avec toute la majesté de cette trompette éperdue , au son precis et intense , que nous voyageons ici.
Elle souligne avec brio les contrastes des paysages et c’est tout le relief de l’ame de l’Espagne qui se profile …. »Sketches of Spain » …donc …horizons nostalgiques et ombres sur le couchant . « Sketches of Spain » … est un tableau d’une profondeur inoui , presque inénnarable!!! à découvrir dans cette édition au son exceptionnel (remasterisé) avec 3 bonus tracks somptueux !!! Inoubliable est pour moi le mot juste !
Merci Miles…. !
Note : 5 / 5
mon préféré de miles davis .parmi les nombreux titres un morceau de marche militaire mais joué par miles davis : un régal . a consommer sans modération .décidément il nous aura tout fait .
Note : 5 / 5
La collaboration fructueuse entre Miles Davis et Gil Evans ne date pas de cet album: auparavant déjà, les deux créateurs avaient réalisé Miles Ahead et Porgy And Bess, sans parler de The Birth Of The Cool. Sketches Of Spain sort en 1960. Il comporte cinq plages qui rendent hommage aux musiques traditionnelles espagnoles, notamment au flamenco, à Manuel De Falla et Joaquim Rodrigo. Le concerto de Aranjuez, composé par ce dernier, ouvre l’album. Une longue méditation musicale de plus de seize minutes, dont le thème va servir de prétexte à Miles Davis pour improviser.
Sa manière de jouer restitue totalement une ambiance propre aux sonorités de la musique espagnole : son phrasé et le timbre de sa trompette sont inédits pour qui a jusqu’alors écouté Miles Davis. En vue de la préparation des séances studio, il s’est imprégné des styles musicaux que l’on trouve en Espagne. L’idée de reprendre le concerto d’Aranjuez lui est venu en écoutant une version pour guitare chez un ami. Le thème l’a tellement obsédé qu’il n’a pu résisté à le proposer à Gil Evans pour qu’il en fasse un arrangement spécifique. Gil Evans va en effet réécrire pour lui le concerto en y ajoutant une section centrale supplémentaire. Et des castagnettes. C’est le premier instrument que l’on entend ; puis un trio de trompettes, trombones et flûtes se partage l’espace musical, entrecoupé d’un tambour de basque, pour finalement tapisser les accords sur lesquels Miles Davis va faire résonner le thème principal.
Progressivement le trompettiste prend les improvisations en charge ; celles-ci sont ponctuées par de savantes orchestrations qui parfois reprennent des fragments du thème. Un climat rythmique jazz émerge ; puis une accalmie permet à Miles Davis de rejouer le thème et de dialoguer avec différents instruments. Une ponctuation rythmique ternaire fait office de rupture pour amorcer un nouveau tableau sonore. La basse fait entendre une boucle ostinato sur laquelle il improvise de manière modale. Puis le calme revient. Les arrangements de Gil Evans fournissent de multiples combinaisons propices à évoquer des images et couleurs à partir desquelles Miles Davis peut trouver l’inspiration, comme lorsque le thème principal est ré-exposé crescendo, pour à nouveau s’assagir et s’acheminer vers la fin.
« Will o’The Wisp » est une pièce relativement lente et brève, à trois temps, adaptée d’une composition pour un ballet de Manuel De Falla : « El Amor Brujo ». Le morceau est lancinant, hypnotique. « The Pan Piper » a les mêmes caractéristiques. Il commence sans tempo défini pour installer insidieusement une écoute répétitive et obsédante, une sorte de pesanteur contre laquelle l’auditeur ne peut rien. Cette impression de léthargie que la musique donne à entendre pousse à un abandon, à une lente descente au caeur du son et de ses effets secondaires. L’introduction de « Saeta » fait résonner tambour et musique militaire. Un appel à sortir d’un état comateux pour y voir clair. Mais très vite tout se brouille à nouveau. Le tempo est toujours lent, traînant, imperturbable. Puis, la musique militaire réapparaît. Changement de rythme et fin du morceau. « Solea », comme le début de l’album, ferme l’opus avec une pièce longue. La harpe, jusque-là timide, se fait entendre dans l’introduction qui cesse rapidement. Cette fois le tempo est plus rapide que les pièces précédentes. Miles Davis improvise au milieu des orchestrations de Gil Evans. Le solea est une forme basique du flamenco se rapprochant de l’esprit du blues.
Sketches Of Spain est en réalité l’exemple type d’une utilisation à bon escient des principes d’arrangements provenant de la musique classique symphonique et d’un jazz modal. Le mode phrygien que l’on retrouve dans la plupart des musiques espagnoles est abondamment distillé tout au long du disque. L’époque se prêtait à ce genre de recherches esthétiques. En effet, le jazz des années cinquante fut le terrain d’expérimentations voulant croiser jazz et musique classique occidentale. Cette envie était déjà là au moment de The Birth Of The Cool par l’entrée d’instruments d’orchestres classiques dans l’effectif d’une formation de jazz. Le spectre de Gershwin a régulièrement taraudé les esprits dans la communauté du jazz. Qu’il s’agisse du Modern Jazz Quartet, de la formation de George Russell ou de la complicité musicale de Miles Davis avec Gil Evans, l’ensemble de ces tentatives – souvent cataloguées sous le nom de Troisième Courant – ne pouvait qu’intéresser un Miles Davis toujours soucieux d’innovations et avide de curiosités. Sa pâte sonore, oeuvrant à l’économie et au soin apporté au timbre et nuances, est l’un des traits majeurs de son style de jeu à la trompette.
Comme il le disait lui-même pendant les sessions d’enregistrement, « la mélodie est si prégnante qu’il n’y a rien à ajouter. Si tu essaies de jouer bebop dessus, tu n’as rien compris. Ce que je dois faire ici est de connecter les choses entre elles, les rendre significatives dans les notes que je joue autour d’elles ». L’album Kind Of Blue, enregistré la même année que Sketches Of Spain, se terminait sur une composition de Miles Davis qui en disait long sur ses envies d’Espagne : « Flamenco Sketches ». Une pièce annonciatrice de l’album qui nous occupe ici. La force de Miles Davis est d’avoir su capter et restituer une musique apparemment inhabituelle pour un musicien afro-américain. Le jazzman Charles Mingus fut l’un des premiers à avoir intégré ce genre musical dans ses compositions (cf. le disque Tijuana Moods, sorti trois ans plus tôt, en 1957). Miles Davis, accompagné de Gil Evans, a élargi l’exploration à sa manière. Celle d’un jazz sans frontières. Un jazz hispanisant qui inspirera certains jazzmen, dont Chick Corea et sa célèbre composition « Spain » dont l’introduction reprend également le concerto d’Aranjuez. Indispensable !
Note : 4 / 5